De Villepin à New Delhi

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# Posté le dimanche 08 mars 2009 15:01

ONU, 14 février 2003: Dominique de Villepin, la France

ONU, 14 février 2003: Dominique de Villepin, la France
Il y a six ans à l'ONU: la voix de Dominique de Villepin, la voix de la France.

"Je remercie MM. Blix et El Baradeï pour les indications qu'ils viennent de nous fournir sur la poursuite des inspections en Irak. Je tiens à nouveau à leur exprimer la confiance et le plein soutien de la France dans leur mission.

Vous savez le prix que la France attache, depuis l'origine de la crise irakienne, à l'unité du Conseil de sécurité. Cette unité repose aujourd'hui sur deux éléments essentiels :

Nous poursuivons ensemble l'objectif d'un désarmement effectif de l'Irak. Nous avons en ce domaine une obligation de résultat. Ne mettons pas en doute notre engagement commun en ce sens. Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d'intention. Soyons clairs : aucun d'entre nous n'éprouve la moindre complaisance à l'égard de Saddam Hussein et du régime irakien.

En adoptant à l'unanimité la résolution 1441, nous avons collectivement marqué notre accord avec la démarche en deux temps proposée par la France : le choix du désarmement par la voie des inspections et, en cas d'échec de cette stratégie, l'examen par le Conseil de sécurité de toutes les options, y compris celle du recours à la force. C'est bien dans ce scénario d'échec des inspections, et dans ce cas seulement, que pourrait se justifier une seconde résolution. La question qui se pose aujourd'hui est simple: considérons-nous en conscience que le désarmement par les missions d'inspections est désormais une voie sans issue ? Ou bien, estimons-nous que les possibilités en matière d'inspection offertes par la résolution 1441 n'ont pas encore été toutes explorées ?

En réponse à cette question, la France a deux convictions : la première, c'est que l'option des inspections n'a pas été conduite jusqu'à son terme et peut apporter une réponse efficace à l'impératif du désarmement de l'Irak ; la seconde, c'est qu'un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu'il ne saurait être envisagé qu'en dernière extrémité. Or que venons-nous d'entendre, à travers le rapport de MM. Blix et El Baradeï ? Nous venons d'entendre que les inspections donnent des résultats. Bien sûr, chacun d'entre nous veut davantage et nous continuerons ensemble à faire pression sur Bagdad pour obtenir plus. Mais les inspections donnent des résultats. Lors de leurs précédentes interventions au Conseil de sécurité, le 27 janvier, le président exécutif de la CCVINU et le directeur général de l'AIEA avaient identifié précisément les domaines dans lesquels des progrès étaient attendus. Sur plusieurs de ces points, des avancées significatives ont été obtenues:

Dans les domaines chimiques et biologiques, les Irakiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création des commissions d'investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d'armements, conformément aux conclusions de M. Blix. Dans le domaine balistique, les informations fournies par l'Irak ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non autorisés, conformémement aux conclusions de M. Blix. Dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l'AIEA sur les points les plus importants évoqués par M. El Baradeï le 27 janvier : l'acquisition d'aimants susceptible de servir à l'enrichissement d'uranium et la liste des contacts entre l'Irak et le pays susceptible de lui avoir fourni de l'uranium.

Nous sommes là au coeur de la logique de la résolution 1441, qui doit assurer l'efficacité des inspections grâce à une identification précise des programmes prohibés, puis à leur élimination. Nous sommes tous conscients que le succès des inspections suppose que nous aboutissions à une coopération pleine et entière de l'Irak. La France n'a cessé de l'exiger. Des progrès réels commencent à apparaître : l'Irak a accepté le survol de son territoire par des appareils de reconnaissance aérienne ; il a permis que des scientifiques irakiens soient interrogés sans témoins par les inspecteurs ; un projet de loi prohibant toutes les activités liées aux programmes d'armes de destruction massive est en cours d'adoption, conformément à une demande ancienne des inspecteurs ; l'Irak doit fournir une liste détaillée des experts ayant assisté en 1991 aux destructions des programmes militaires.

La France attend bien entendu que ces engagements soient durablement vérifiés. Au-delà, nous devons maintenir une forte pression sur l'Irak pour qu'il aille plus loin dans la voie de la coopération. Ces progrès nous confortent dans la conviction que la voie des inspections peut être efficace. Mais nous ne devons pas nous dissimuler l'ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits. Pour ce faire, nous devons donner aux inspections toutes les chances de réussir.

J'ai fait des propositions le 5 février devant le Conseil. Depuis lors, nous les avons précisées dans un document de travail adressé à MM. Blix et El Baradeï et communiquées aux membres du Conseil. Quel est leur esprit ? Il s'agit de propositions pratiques et concrètes, qui peuvent être mises en oeuvre rapidement et qui sont destinées à renforcer l'efficacité des opérations d'inspection. Elles s'inscrivent dans le cadre de la résolution 1441 et ne nécessitent par conséquent aucune nouvelle résolution du Conseil. Elles doivent venir à l'appui des efforts menés par MM. Blix et El Baradeï, qui sont naturellement les mieux à même de nous dire celles d'entre elles qu'ils souhaitent retenir pour assurer la meilleure efficacité de leurs travaux. Dans leur rapport, ils nous ont fait des commentaires utiles et opérationnels. La France a déjà annoncé qu'elle tenait des moyens supplémentaires à la disposition de MM. Blix et El Baradeï, à commencer par ses appareils de surveillance aérienne Mirage IV. Alors oui, j'entends bien les critiques : il y a ceux qui pensent que, dans leur principe, les inspections ne peuvent avoir aucune efficacité. Mais je rappelle que c'est le fondement même de la résolution 1441 et que les inspections donnent des résultats. On peut les juger insuffisants mais ils sont là.

Il y a ceux qui croient que la poursuite du processus d'inspection serait une sorte de "manoeuvre de retardement" visant à empêcher une intervention militaire. Cela pose naturellement la question du temps imparti à l'Irak. Nous sommes là au centre des débats. Il y va de notre esprit de responsabilité. Ayons le courage de mettre les choses à plat. Il y a deux options : l'option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n'oublions pas qu'après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l'unité de l'Irak, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l'intrusion de la force. Face à de telles perspectives, il y a une autre option offerte par les inspections, qui permet d'avancer de jour en jour dans la voie d'un désarmement efficace et pacifique de l'Irak. Au bout du compte, ce choix-là n'est-il pas le plus sûr et le plus rapide ?

Personne ne peut donc affirmer aujourd'hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu'il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d'un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ? Donnons pas conséquent aux inspecteurs des Nations unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. Mais soyons ensemble vigilants et demandons à MM. Blix et El Baradeï de faire régulièrement rapport au Conseil. La France, pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau ministériel, pour évaluer la situation. Nous pourrons alors juger des progrès effectués et de ceux restant à accomplir. Dans ce contexte, l'usage de la force ne se justifie pas aujourd'hui. Il y a une alternative à la guerre : désarmer l'Irak par les inspections. De plus, un recours prématuré à l'option militaire serait lourd de conséquences.

L'autorité de notre action repose aujourd'hui sur l'unité de la communauté internationale. Une intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité. Elle pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d'injustice, aggraverait les tensions et risquerait d'ouvrir la voie à d'autres conflits. Nous partageons tous une même priorité, celle de combattre sans merci le terrorisme. Ce combat exige une détermination totale. C'est depuis la tragédie du 11 septembre, l'une de nos responsabilités premières devant nos peuples. Et la France, qui a été durement touchée à plusieurs reprises par ce terrible fléau, est entièrement mobilisée dans cette lutte qui nous concerne tous et que nous devons mener ensemble. C'est le sens de la réunion du Conseil de sécurité qui s'est tenue le 20 janvier, à l'initiative de la France.

Il y a dix jours, le secrétaire d'Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre Al Quaïda et le régime de Bagdad. En l'état actuel de nos informations et recherches menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d'établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l'impact qu'aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d'aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ?

La France l'a toujours dit : nous n'excluons pas la possibilité qu'un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l'impossibilité pour les inspections de se poursuivre. Le Conseil devrait alors se prononcer et ses membres auraient à prendre toutes leurs responsabilités. Et, dans une telle hypothèse, je veux rappeler ici les questions que j'avais soulignées lors de notre dernier débat le 4 février et auxquelles nous devrons bien répondre : en quoi la nature et l'ampleur de la menace justifient-elles le recours immédiat à la force ? Comment faire en sorte que les risques considérables d'une telle intervention puissent être réellement maîtrisés ? En tout état de cause, dans une telle éventualité, c'est bien l'unité de la communauté internationale qui serait la garantie de son efficacité. De même, ce sont bien les Nations unies qui resteront demain, quoi qu'il arrive, au coeur de la paix à construire.

Monsieur le président, à ceux qui se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder à la guerre, je voudrais dire que rien, à aucun moment, au sein de ce Conseil de sécurité, ne sera le fait de la précipitation, de l'incompréhension, de la suspicion ou de la peur. Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d'un idéal, nous sommes les gardiens d'une conscience. La lourde responsabilité et l'immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix. Et c'est un vieux pays, la France, un vieux continent comme le mien, l'Europe, qui vous le dit aujourd'hui, qui a connu les guerres, l'Occupation, la barbarie. Un pays qui n'oublie pas et qui sait tout ce qu'il doit aux combattants de la liberté venus d'Amérique et d'ailleurs. Et qui pourtant n'a cessé de se tenir debout face à l'Histoire et devant les hommes. Fidèles à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur."

Dominique de Villepin, Ministre des Affaires Etrangères (6 mai 2002 - 30 mars 2004)
source: 2villepin.free.fr

# Posté le samedi 14 février 2009 05:05

Dominique de Villepin chez Dominique Souchier: "Face à la crise, nous avons un triple devoir"

Dominique de Villepin chez Dominique Souchier: "Face à la crise, nous avons un triple devoir"
Dominique de Villepin était ce matin l'invité de Dominique Souchier sur Europe 1, dans le cadre de l'émission C'est arrivé cette semaine.

Tout en se réjouissant qu'un volet social semble désormais apporté au plan de relance, il a exprimé sa crainte que le Président de la République reste "dans une vision de la crise un peu courte".

"Derrière la crise conjoncturelle qui durera 2 ans, 3 ans, 5 ans, 10 ans, il y a une crise structurelle qui est que nous avons changé de Monde. Et ça, c'est irréversible. Ce changement-là, il implique dans nos comportements, dans nos stratégies, que nous en tirions les leçons", affirme l'ancien Premier Ministre.

Extrait de l'émission.

Dominique de Villepin: C'est un avenir très incertain que le nôtre. Tout reste à faire. La crise est devant nous et la responsabilité du Président de la République est à construire. Je crois que face à la crise, nous avons, et ceux qui dirigent notre pays ont un triple devoir: un devoir de vérité, nous en reparlerons, un devoir de responsabilité et un devoir de vision.

Savoir, et c'est une question, si l'intervention du Président de la République cette semaine marque un tournant dans le quinquennat, c'est une question. Savoir si nous sommes aujourd'hui, dans la réponse que nous apportons à la crise, à la hauteur de la crise, si vous me posez cette question, Dominique Souchier, ma réponse est claire: c'est non.

Dominique Souchier: Vous disiez avant l'émission: "il faut qu'il montre qu'il est à l'écoute des Français". Et là, vous dites: "il ne l'a pas montré".

Non, je crois qu'il a montré deux choses qui sont indispensables et qui sont un point de départ. La première chose, c'est qu'il y a une souffrance qui s'exprime en France et nous le voyons à travers toutes sortes de mouvements. Et il a apporté un volet social au plan de relance.

Savoir si c'est suffisant, savoir si cela répondra aux attentes des Français, c'est une autre question. Mais néanmoins il l'a fait. Il a accepté de changer, de corriger en tout cas la route qui était la sienne.

C'est un tournant pour vous?

C'est un tournant. La question est de savoir s'il est suffisant. Il y a un changement manifeste. Il y a une correction de route. Il prend en compte une dimension qui avait été négligée jusqu'à maintenant.

Vous trouvez que c'est bien, ça?

Et je trouve que c'est bien. La deuxième chose, c'est la volonté qu'il a d'aller jusqu'au bout dans le traitement de la crise. Ce que je crains, c'est que nous restions dans une vision de la crise un peu courte. Le Président de la République, quand il dit: "nous sommes devant une crise sans précédent, la plus importante depuis un siècle, il a raison". Encore faut-il en tirer toute les conséquences.

Cette crise, elle est sans précédent, elle est d'une profondeur inouïe et elle va tout changer, et en particulier la hiérarchie des Etats dans la nouvelle donne internationale.

Mais encore faut-il dire que derrière la crise conjoncturelle, que nous prenons en compte et que le Président prend en compte, et qui durera 2 ans, 3 ans, 5 ans, 10 ans, il y a une crise structurelle qui est que nous avons changé de Monde. Et ça, c'est irréversible. Ce changement-là, il implique dans nos comportements, dans nos stratégies, que nous en tirions les leçons. Et pour aborder ce tournant, il faut accepter de dire la vérité aux Français.

La vérité politique, elle est simple: c'est que l'élection présidentielle, elle s'est faite sur un constat: "tout ce qui a été fait avant n'est pas la réponse et nous allons rompre avec un certain modèle social français".

Nicolas Sarkozy a dit pendant l'émission que la rupture n'avait jamais été pour lui un objectif, que c'était un moyen. Ca devrait vous avoir fait plaisir, ça, non?

Tant mieux. Il n'en reste pas moins qu'il s'agissait de rompre avec un certain modèle social français pour mettre en place un modèle qui semblait avoir réussi, mais qui se trouve, modèle anglo-saxon, se trouve avoir complètement échoué dans la crise. Je crois qu'il faut partir de là.

Donc, la rupture, elle est à inventer à travers la crise. La rupture en France, elle n'a pas eu lieu. Je suis maintenant d'accord pour que nous rompions avec un certain nombre de mauvaises habitudes, pour que nous rompions avec un certain nombre de comportements et que nous ayons la vision du Monde qui va se dessiner sous nos yeux. (...)

Dans la crise, il y a un clavier, il y a des exigences. Il y a un devoir de vérité, je l'ai dit. Il y a un devoir de responsabilité, et en particulier quand on regarde la situation de l'endettement public (déficit public, déficit commercial, 55 milliards, nous l'avons appris). Il va donc falloir trouver le moyen d'être plus compétitif pour véritablement répondre à cette situation.

Mais il y aussi un devoir de vision. Que l'on cherche, une fois de plus, à répondre à l'nquiétude sociale des Français, c'est nécessaire. Nicolas Sarkozy a ouvert un certain nombre de pistes; à lui aussi de trouver la bonne façon de répartir la tache entre Premier Ministre et Président de la République. Mais il y a une vision indispensable. Comment nous faisons en sorte que notre pays soit plus innovant? Comment nous faisons pour que dans la crise, nos comportements soient plus vertueux? Et de ce point de vue-là, je crois que les leçons nous viennent des Etats-Unis. Quand Barack Obama dit...

Quand Barack Obama instaure un salaire maximum pour les patrons des sociétés qui reçoivent des aides publiques, vous feriez ça en France, vous?

Justement. Il pose une question et je crois qu'enfin, il s'adresse à la crise au bon niveau. Il est évident qu'il faut être plus vertueux. Nous sommes dans un monde où nous devons donner l'exemple et être plus vertueux.

Que les entreprises aidées soient sujettes à un certain nombre de contraintes, par exemple à un certain niveau de salaires, je pense qu'il serait plus utile de travailler sur l'écarts des salaires. Je pense que c'est une piste.

En tout état de cause, la compétition mondiale va se faire aussi comme cela: capacité à respecter les énergies vertes, capacité à respecter des écarts salariaux, il y a là une exigence.

Source: Europe 1

# Posté le samedi 07 février 2009 06:59

Modifié le mardi 17 février 2009 13:17

Dominique de Villepin au Progrès de Lyon: Il faut "privilégier les réformes qui rassemblent"

Dans une interview au quotidien Le Progrès, Dominique de Villepin invite Nicolas Sarkozy et le gouvernement à privilégier les réformes qui rassemblent. En matière de politique étrangère, il rappelle la nécessaire fidélité à "la politique d'indépendance et d'équilibre de la France".

Le Progrès: Votre analyse du plan de relance?

L'orientation est bonne, parce que l'idée du plan est de se concentrer sur l'investissement. Mais je lui vois deux défauts. Le premier, c'est le saupoudrage. Or, il ne faut pas se disperser. Le second, c'est de ne pas mettre l'accent suffisamment sur la modernisation de la France. Ce qui se joue, c'est d'abord notre capacité à rebondir après la crise. C'est pour cela qu'il faut se concentrer sur deux axes essentiels, l'emploi et l'innovation, susceptibles d'enclencher une dynamique de productivité et de compétitivité. Parallèlement, il faut un vrai plan pour accompagner les plus fragiles: les personnes âgées, les jeunes, les femmes seules et les travailleurs pauvres.

Ce n'est pas le cas?

Le gouvernement fait le choix de relancer les projets d'infrastructure, en rénovant ici un monument, ou en améliorant une section de route nationale. C'est, à mon avis, une réponse un peu décalée par rapport aux enjeux de la crise mondiale que nous traversons. L'enjeu, c'est de sortir plus fort de cette crise, en musclant nos entreprises, la recherche et l'innovation, et en aidant chaque chômeur à retrouver un emploi.

Jamais depuis le CPE, autant de Français n'avaient manifesté. Que faire?

Fixons un cap clair, celui de la modernisation, mais évitons une crise de confiance. Concrètement, l'Etat vient de garantir notre système financier, en intervenant massivement. Disons très simplement aux Français qu'il y a trois domaines qui sont aussi stratégiques que le système financier: la qualité de l'éducation pour tous nos enfants, la qualité de notre système de soin, et le droit à la retraite. Cela veut dire par exemple que l'hôpital comme l'éducation nationale ne doivent pas se sentir menacés.

M. Fillon a confirmé dans nos colonnes ne vouloir remplacer qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite en 2010...

J'ai été Premier ministre et je sais qu'il y a des choix douloureux. Mais il est parfois préférable de prendre le temps nécessaire pour créer le consensus. Nos services publics jouent un rôle important d'amortisseurs dans la crise, mais aussi de compétitivité économique. Pendant de nombreuses années, j'ai entendu la ritournelle de ceux qui voulaient importer en France le modèle anglo-saxon. Je m'y suis toujours refusé, par conviction et par choix de société, tout en défendant l'indispensable modernisation.

Quel est votre rôle aujourd'hui?

Je souhaite, comme d'autres, contribuer à la réflexion et à l'action à travers mon expérience. Notre démocration a besoin de propositions et de débats. Je me situe dans une approche politique constructive. Face à la crise, il nous faut privilégier les réformes qui rassemblent. Est-ce que la réforme du juge d'instruction ou de France Télévisions est prioritaire? Je n'en suis pas sûr, pas plus que ne me paraît fondé le retour de la France dans l'OTAN. La politique d'indépendance et d'équilibre de la France est particulièrement nécessaire dans le nouvel ordre du monde. Il y a une exigence de modernisation et de fidélité à nos valeurs.

Source: Nathalie Mauret (Le Progrès)
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# Posté le jeudi 05 février 2009 17:23

Dominique de Villepin sur RTL: "Il est temps pour le gouvernement de corriger la route"

Dominique de Villepin sur RTL: "Il est temps pour le gouvernement de corriger la route"
À rebours de François Fillon et quelques jours après une mobilisation générale de plus d'un million de manifestants, Dominique de Villepin a estimé qu'il fallait "préciser le cap, corriger la route et véritablement envoyer des signaux comme quoi Nicolas Sarkozy écoute les Français".

"Il ne faut pas se durcir face à des conflits de ce type, a conseillé l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac sur RTL . Il faut apprendre à avancer et à véritablement rassembler. Dans ce domaine, je pense que le président de la République, puisque c'est aujourd'hui à lui que la rue s'adresse, doit effectivement écouter, s'adapter."

Mettant en avant les "quelques leçons de l'expérience" du CPE, Dominique de Villepin a affirmé comprendre "l'incompréhension de ceux qui voient le comportement de certaines entreprises, qui voient le comportement de certains financiers et qui se disent : il y a deux poids deux mesures".

Il a critiqué le plan de relance, appelant à "aller plus loin" et à "préciser les objectifs", c'est-à-dire "mettre tous nos talents dans l'effort d'innovation".

"Si l'on veut véritablement moderniser la France, c'est ainsi et pas par un investissement saupoudré, a-t-il poursuivi. J'entends parler ici et là de mille projets pour l'investissement, encore faut-il que l'investissement soit productif et qu'il permette après de dégager un certain nombre de bénéfices pour les Français".

"Réévaluer les objectifs"

Il n'a pas rejeté une relance portée un peu plus sur la consommation : "Il faut effectivement faire davantage pour ceux qui sont confrontés à ceux qui sont dans la difficulté, c'est un moyen d'ailleurs de relancer le pouvoir d'achat et la consommation, mais de façon ciblée."

Concernant les 30.000 suppressions d'emplois prévues dans l'Éducation nationale, il a répondu, que "sans doute", il fallait "réévaluer cet objectif". "Il faut réévaluer l'importance de nos services publics et en particulier dans le domaine de la recherche, de la santé et de l'éducation, a-t-il précisé. "Ça veut dire que" l'on doit "lâcher du lest pour éviter une certain nombre d'incompréhension et de conflit sociaux, qui au bout du compte coûteront beaucoup plus cher."

Interrogé sur la mutation du préfet de la Manche après le passage de Nicolas Sarkozy à Saint-Lô pour ses voeux au personnel de l'Éducation nationale, Dominique de Villepin a répondu qu'il "ne faut pas que les responsables de la fonction publique soient des bouc-émissaires". Il a aussi refusé "d'imaginer" que le fait que ce préfet ait été son ancien collaborateur puisse être l'origine de cette sanction.

Au sujet du déjeuner partagé récemment avec Ségolène Royal, il a déclaré n'avoir parlé que de "sujets internationaux", refusant de répondre à la question sur son possible vote pour la socialiste au second tour de la présidentielle de 2007.

Source: Le Point


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# Posté le lundi 02 février 2009 06:06